Le Yoga et la santé émotionnelle : sortir de la crise identitaire

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Selon la philosophie du yoga, le défi le plus grand de l’être humain est de se confronter à sa propre crise identitaire.

Nous connaissons-nous ?

Nos relations appauvries avec nous-mêmes se caractérisent par un manque d’écoute, d’abandon et de respect à l’égard de notre intuition. Notre réelle identité demeure inconnue pour la majeure partie d’entre nous. Sans cette ancre intérieure, nous manquons de charisme naturel et nous partons à la recherche d’une nouvelle raison d’être. Nous avons manifestement besoin d’une identité, mais laquelle ?

L’installation de l’identité de substitution

Lorsqu’une personne est en bonne santé spirituelle, elle se suffit à elle-même. En cas de déconnexion intérieure, on tente de suffire à travers quelque chose d’autre. Une identité de substitution est une identité créée de toutes pièces, qui nous éloigne de ce que nous sommes réellement. Ces identités de substitution nous donnent une raison d’être, un sentiment d’exister. Sans elles, il nous serait difficile de survivre en étant coupés de nous-mêmes.

Les possibilités de se créer une fausse identité sont multiples, et ce qui constitue une raison d’être pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre. Certains font simplement leur métier, pour d’autres celui-ci donnera du sens à leur existence. Pour beaucoup, une identité de substitution se construira sur la maternité ou la paternité. Il n’y a évidemment rien de mal à faire des enfants, mais on peut s’interroger sur ce qu’ils représentent vraiment pour nous. Sommes-nous totalement identifiés à ces rôles, ou les relations sont-elles plus spacieuses ?

Une crise plus ou moins bruyante

Lorsque l’on se repose pleinement sur une identité de substitution, on se sent comblés. Le plus souvent, nous ne sommes pas conscients de négliger notre réelle identité. Celle-ci vit sa crise en silence.

Mais les identités de substitution, construites sur des bases extérieures et changeantes, peuvent nous glisser des doigts à un moment donné. Inconsciemment, nous le savons. Nous déployons énormément d’énergie à entretenir les liens qui renforcent nos identités diverses, à protéger les choses matérielles sur lesquelles elles se reposent. Car lorsqu’une identité de substitution nous échappe, la crise fait beaucoup plus de bruit. On ne peut plus l’ignorer.

Le moment de choisir

Le passage dans la phase bruyante de la crise identitaire nous laisse un choix. Soit on grappille de tous les côtés pour essayer de reconstituer quelque chose de nos constructions illusoires et s’habiller à nouveau de l’identité perdue, soit on se réjouit de cette opportunité pour renouer avec nous-mêmes plus authentiquement.

Les fausses identités se vivent toujours dans des mondes virtuels. Préoccupés par le futur, le passé, le regard des autres et notre propre critique de nous-mêmes, lorsque nous sommes loins de nous-mêmes nous ne vivons pas au présent. Le yoga nous y ramène.

L’apaisement émotionnel dans le moment présent

Par l’éveil sensoriel, et par la présence au corps et à la respiration, le yoga nous évite de nous laisser aspirer par ces mondes virtuels. Les identités de substitution se vivent dans le corps émotionnel. L’émotion est positive lorsque le vide est comblé par un nouveau rôle, et négative lorsqu’une identité m’échappe. En se reliant au corps, en calmant sa respiration et en éveillant ses sens, on apaise le corps émotionnel. C’est seulement avec le corps émotionnel apaisé que l’on pourra rentrer dans le moment présent, voir avec le cœur et se relier à la réalité.

Toute la noblesse du yoga

Bien au-delà d’une discipline purement physique, le yoga nous permet de sortir de la crise identitaire. Grâce aux pratiques physiques, respiratoires et méditatives, on accède à l’apaisement émotionnel et à la force mentale nécessaires pour retrouver notre réelle raison d’être.

Et c’est en cela que réside la raison d’être essentielle du yoga.

Article de Marc Beuvain – Août 2015